Mes ancêtres


Un second poème de Annie ARMAND-NOUVEL



Ils se multiplient tous en remontant les ans
S'évanouissent ensuite dans la nuit des temps.
Leur nombre exponentiel me donne le vertige.
Ils forment une branche, un rameau, une tige,
De plus en plus petits, de plus en plus lointains.
Mais que serait mon arbre sans cet apport sans fin ?
C'est dans cette abondance qu'il vient puiser sa sève,
Dans cet aspect touffu qu'enfin prend corps mon rêve.

Avant de s'en aller, hélas, à tout jamais,
Ils ont pleuré, dansé et ils se sont aimés.
Ils ont connu des joies, des drames, des souffrances,
La famine, le froid, le bonheur, les errances,
Les invasions, la guerre, le progrès et la paix,
Ont manié la fourche, la quenouille ou l'épée,
Se déplaçant à pied, à cheval, en carrosse,
Restant près du clocher ou bien roulant leur bosse.

A travers les époques, les coutumes, les lois,
Avec des empereurs, des présidents, des rois
Du fabricant de drap au maréchal ferrant
Du pauvre journalier au riche paysan,
Ils ont forgé l'Histoire et laissé leur empreinte
Sur une vaste fresque que chacun d'eux a peinte.
Sans se douter, qu'un jour, sur un ordinateur
Leur existence enfin serait mise à l'honneur !

Sans cette chaîne humaine, sans ces précieux maillons
Qu'ils soient en beaux atours ou qu'ils soient en haillons,
Sans ces vies, ces naissances, ce cycle interminable ( ? )
Qui n'était pas pour eux toujours très charitable,
Sans ce fil qu'ont tissé maintes générations,
Avec persévérance, avec obstination,
Je ne serais pas là pour leur dire merci.
Oui, ce sont mes ancêtres !.
Peut-êtr' les vôtres aussi ?